3 janvier 2022

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Mécanismes de l’hormonothérapie et de la chimiothérapie dans le cancer de la prostate

Catégorie(s) : cancer de la prostate
l’hormonothérapie et la chimiothérapie dans le cancer de la prostate
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Un traitement systémique : qu’est-ce que c’est ?

Un traitement est dit systémique lorsqu’il agit sur l’ensemble de l’organisme, dans tout le corps, et non sur une zone ciblée comme les traitements locaux (chirurgie, radiothérapie). Circulant dans le sang, les substances qui le composent croisent donc sur leur chemin toutes les cellules du corps, saines et cancéreuses, mais ne « s’attaquent » qu’à celles qui possèdent certaines caractéristiques.

Lutter contre un cancer implique souvent la mise en œuvre de traitements locaux ainsi que de systémiques en association. Lorsque cela est possible, les traitements locaux demeurent toutefois privilégiés; c’est d’ailleurs le cas dans la lutte contre le cancer de la prostate localisé. Le traitement systémique le plus connu est la chimiothérapie. Effectivement, celle-ci passe dans tout le corps afin de traiter l’ensemble des cellules cancéreuses qui pourraient avoir migré ailleurs qu’à l’organe initialement atteint.

Aujourd’hui, de nouveaux traitements systémiques apportent des solutions se voulant moins agressives que la chimiothérapie. Il s’agit de l’hormonothérapie, de l’immunothérapie ou encore des thérapies ciblées. Dans le cadre du  cancer de la prostate notamment, l’hormonothérapie est le traitement de référence et arrive bien avant l’utilisation de la chimiothérapie en cas de maladie localement avancée ou métastatique.

Lire aussi notre article sur le taux de PSA et son impact sur le cancer de la prostate

 

Mécanisme d’action des traitements systémiques du cancer de la prostate

1. Mécanisme d’action de la chimiothérapie du cancer de la prostate

Comme dit précédemment, un traitement systémique va passer dans tout le corps, mais en ciblant des caractéristiques cellulaires. Dans le cas de la chimiothérapie, elle va agir principalement sur les cellules en division. Or, la division cellulaire rapide est une caractéristique typique des cellules cancéreuses; division rapide et anarchique. Cependant, la division n’est bien sûr pas propre aux cellules cancéreuses puisque la division cellulaire fait partie du cycle naturel de la majorité des cellules saines de l’organisme.

Cependant, puisque les cellules cancéreuses se divisent plus rapidement que les cellules saines, les cellules cancéreuses sont en bonne partie composées de cellules en division. La chimiothérapie les détériore donc considérablement comparé aux cellules saines. Lorsqu’elle est administrée, la chimiothérapie agit en bloquant la division cellulaire. Les cellules cancéreuses ayant pour caractéristique de se diviser rapidement, elles sont grandement détériorées par ce traitement.

Toutefois, les composés de la chimiothérapie attaquent également toutes les cellules saines en division qu’ils croisent à travers l’organisme. De ce fait, les tissus sains subissent inévitablement des atteintes plus ou moins importantes : ce sont les fameux effets secondaires, tant redoutés, de la chimiothérapie.

Comme dit plus haut, la chimiothérapie n’est pas le traitement de première intention dans le cancer de la prostate ; elle est cependant toutefois effectuée lorsque le cancer a atteint un stade métastatique avancé, lorsque l’hormonothérapie n’est pas suffisante pour contrôler la maladie. Cela reste toutefois rare puisque la plupart des cancers de la prostate évolue habituellement lentement et plusieurs lignes d’hormonothérapie peuvent être utilisées avant l’instauration d’une chimiothérapie.

2. Les principes de l’hormonothérapie du cancer de la prostate

L’hormonothérapie utilise un tout autre mécanisme d’action basé sur le fait que les cellules tumorales de la prostate sont habituellement hormonodépendantes, c’est-à-dire qu’elles réagissent à la présence d’hormones. Puisqu’elles se développent à partir de cellules de la prostate, organe de l’appareil reproducteur masculin, les cellules tumorales peuvent posséder des caractéristiques propres aux cellules saines des tissus du tractus reproducteur, à savoir des récepteurs hormonaux qui leur permettent de réguler leurs activités en fonction des signaux hormonaux qu’elles reçoivent.

Par conséquent, les hormones sexuelles masculines agissent comme des facteurs de croissance sur les cellules prostatiques cancéreuses présentant des récepteurs hormonaux. Le mode d’action de l’hormonothérapie consiste donc à entraver ou supprimer la production d’hormones sexuelles pour cesser de stimuler les cellules cancéreuses et ralentir la croissance de la tumeur.

L’hormonothérapie, anti-testostérone / anti-androgène, provoque une diminution ou une suppression de la production d’hormones masculines, notamment de la testostérone qui régule les fonctions sexuelles, et agit, dans une moindre mesure, sur différents organes du corps (os, reins, moelle osseuse, cerveau, etc.).

Vidéo de présentation de l’hormonothérapie dans le traitement des cancers

 

3. Mécanisme d’action des thérapies ciblées du cancer de la prostate

Comme leur nom l’indique, les thérapies ciblées fonctionnent de la même manière que l’hormonothérapie ou la chimiothérapie : elles ciblent de façon plus spécifique une caractéristique soit propre aux seules cellules cancéreuses, soit plus marquée chez les cellules cancéreuses que chez les cellules saines.

À l’heure actuelle, dans le cadre de la prise en charge du cancer de la prostate, elles sont essentiellement utilisées pour contrôler la prolifération des métastases osseuses, tels que les inhibiteurs de RANK. Le blocage de l’interaction RANK-RANK-liguant permet d’inhiber la formation, la fonction et la survie des ostéoclastes et diminue ainsi la résorption osseuse.

N’hésitez pas à vous rendre sur notre article « traitement du cancer de la prostate selon le stade » pour avoir plus d’informations sur les différents traitements systémiques utilisés selon le stade de la maladie.

 

Effets indésirables des traitements systémiques du cancer de la prostate (Hormonothérapie, Chimiothérapie et thérapies ciblées)

1. Hormonothérapie du cancer de la prostate – effets indésirables

Les effets indésirables des traitements systémiques du cancer de la prostate varient d’un patient à l’autre : certains patients y sont très sensibles, quand d’autres n’en ressentent aucun.

L’hormonothérapie provoque une diminution ou une suppression de la production d’hormones masculines, notamment de la testostérone qui régule les fonctions sexuelles, et agit, dans une moindre mesure, sur différents organes du corps (os, reins, moelle osseuse, cerveau, etc.).

En bloquant la production des hormones masculines telle que la testostérone, les effets secondaires majeurs de l’hormonothérapie sont :

  • les troubles sexuels, notamment le dysfonctionnement érectile (réduction de la libido et de l’érection)
  • des bouffées de chaleur
  • Une diminution de la masse musculaire au profit de la masse graisseuse (prise de poids, myalgies)
  • Des douleurs articulaires (arthralgies)
  • Une fatigue (asthénie)
  • Une gynécomastie (en inversant la proportion hormonale de testostérone vs œstrogène)
  • une diminution de la densité osseuse (ostéoporose)
  • Une augmentation de la tension artérielle et une dyslipidémie.
  • De façon plus rare : une chute de cheveux, une baisse de la production de cellules sanguines et une diminution des fonctions cognitives.

 

2. La chimiothérapie du cancer de la prostate – effets indésirables

Les effets secondaires de la chimiothérapie concernent surtout les cellules saines présentant naturellement une division rapide, comme c’est le cas de celles composant les follicules pileux, de celles produisant les cellules sanguines et de celles composant les muqueuses.

On observe donc typiquement :

  • une chute de cheveux,
  • des troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhée)
  • irritation des muqueuses (buccales, oculaires, gastriques et anales)
  • une grande fatigue
  • des troubles de la coagulation due à la destruction des plaquettes sanguines.

 

3. Thérapies ciblées du cancer de la prostate – effets indésirables

Pour l’heure, les thérapies ciblées utilisées pour prévenir et contrôler les métastases osseuses sont très bien tolérées. L’effet indésirable le plus fréquemment observé est un état grippal qui survient dans les heures suivant l’administration du traitement.

 

L’avis du médecin sur les traitements systémiques

L’hormonothérapie s’affirme comme le traitement systémique de référence de la prise en charge du cancer de la prostate localement avancé ou métastatique. Il arrive fréquemment en complément des traitements locaux (chirurgie et radiothérapie). Permettant un bon contrôle de la maladie, mais devant souvent être prise de façon prolongée, elle induit certains effets indésirables pouvant impacter sur la qualité de vie. Il est donc primordial que l’oncologue ayant instauré le traitement, et surveillant ses effets indésirables, soit particulièrement attentif à l’efficacité sur le contrôle de la maladie, mais également sur l’impact général du traitement sur le patient dans son ensemble.

C’est pour cela que, au sein de l’institut Hartmann, nous avons intégré la prise en charge globale du patient suivi pour un cancer de la prostate, à travers un Parcours complet de Soins, de santé globale et intégrative, réalisée à l’institut Rafaël. Effectivement, l’objectif de cette prise en charge complète est de lutter contre les effets indésirables de l’hormonothérapie par l’association de soins médicaux et non médicamenteux (prise en charge nutritionnelle, activité physique adaptée, sophrologie, consultation urologique pour la prise en charge des troubles sexuels…).

Questions et réponses sur les traitements systémiques

Quels sont les mécanismes de fonctionnement de l'immunothérapie dans le cadre du cancer de prostate?

L'immunothérapie consiste à utiliser des médicaments pour stimuler le système immunitaire d'une personne afin que celui ci reconnaisse et détruise plus efficacement les cellules cancéreuses. Plusieurs types d'immunothérapie peuvent être utilisés pour traiter le cancer de la prostate : Provenge®, Keytruda® et Jemperli.

Quels sont les effets à long terme de l'immunothérapie ?

Les effets chroniques les plus courants sont les éruptions cutanées, l'hypothyroïdie et les douleurs articulaires. Certains effets secondaires sont plus susceptibles que d'autres de persister comme la maladie d'Addison (déficit de la corticosurrénale).

L'immunothérapie peut elle entrainer une fatigue ?

La plupart des patients sujets à une immunothérapie se sentent fatigués pendant leur traitement. Pour certains patients, la fatigue peut être conséquente avec plusieurs mois nécessaires pour récupérer une forme normale après la fin des traitements d’immunothérapie.

Quel est le principe d’une thérapie ciblée ?

La thérapie ciblée est un type de traitement qui s’appuie sur des médicaments pour identifier et attaquer les cellules cancéreuses tout en causant peu de dommages aux cellules normales. Ces thérapies s'attaquent au fonctionnement interne des cellules cancéreuses. Chaque type de thérapie ciblée fonctionne différemment, mais elles modifient toutes la façon dont une cellule cancéreuse se développe, se divise, se répare ou interagit avec d'autres cellules.

Quels sont les effets secondaires possibles des thérapies ciblées ?

Les effets secondaires les plus fréquents des thérapies ciblées sont les nausées, vomissements, diarrhée, fatigue, perte d'appétit, faible taux de globules rouges (anémie), constipation, éruptions cutanées, faible nombre de plaquettes, toux et essoufflement. Certains hommes prenant de l'olaparib ont eu des problèmes de caillots sanguins dans les poumons ou les jambes.

A quel stade du cancer la chimiothérapie est-elle utilisée ?

En général, la chimiothérapie peut être utilisée à tous les stades dans la plupart des types de cancer. La chimiothérapie est un type de médicament ou une combinaison de médicaments qui est utilisé pour traiter ou tuer les cellules cancéreuses. La chimiothérapie peut être utilisée après la chirurgie pour réduire le risque de récidive du cancer, on parle de chimiothérapie.

 

Dr Pauline CASTELNAU-MARCHAND

Le Dr Pauline Castelnau-Marchand a rejoint l’équipe de l’Institut de Radiothérapie Hartmann en 2020, afin de poursuivre son activité médicale et de recherche, elle est notamment très impliquée dans la prise en charge des cancers du sein chez les femmes jeunes, des cancers ORL, urologiques ou encore digestifs. Le Docteur Castelnau-Marchand est également engagée dans l’enseignement et la formation médicale, en tant que vice-présidente du Club des Oncologues Radiothérapeutes Parisiens (CORP) depuis 2018.

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