Trois virus – le papillomavirus humain (HPV), le virus de l’hépatite B (VHB) et le virus d’Epstein-Barr (VEB) – sont aujourd’hui au centre des avancées vaccinales les plus prometteuses en oncologie préventive. Si les deux premiers disposent de vaccins approuvés dont l’efficacité est désormais bien documentée en population réelle, le troisième fait l’objet d’une recherche clinique active. Cet article fait le point sur les données probantes disponibles en 2026 et sur les questions pratiques les plus fréquemment posées : à quel âge se vacciner, pour qui, avec quel vaccin ?
À l’échelle mondiale, les agents infectieux sont responsables d’environ 16 % des cancers (jusqu’à 22,9 % dans les pays à revenus faibles). Les vaccins contre le HPV et le VHB réunis ont le potentiel de prévenir près de 480 000 décès par cancer par an.
Malgré ce potentiel considérable, les taux de couverture vaccinale restent largement insuffisants : environ 12 % pour le HPV et 42 % pour le VHB à l’échelle mondiale.
Le vaccin HPV (Gardasil 9, formule 9-valente) protège contre les souches virales responsables d’environ 90 % des cancers du col de l’utérus, mais aussi de proportions substantielles des cancers de la vulve, du vagin, de l’anus, du pénis et de l’oropharynx.
Administré avant toute exposition sexuelle, il offre une efficacité supérieure à 99 % contre les lésions précancéreuses liées aux types ciblés. À l’échelle populationnelle, la vaccination réduit les lésions cervicales de haut grade (CIN2+) de 70 % chez les jeunes femmes de 15 à 25 ans, et diminue de 88 % le risque de cancer invasif du col chez les femmes vaccinées avant 17 ans.
En France, la vaccination contre les HPV est recommandée chez les filles et les garçons à partir de 11 ans. Le schéma comporte 2 doses lorsqu’il est initié entre 11 et 14 ans révolus, espacées de 5 à 13 mois. Un rattrapage vaccinal est désormais recommandé jusqu’à 26 ans révolus chez les personnes non vaccinées, avec un schéma à 3 doses selon le calendrier 0, 2 et 6 mois.
La question du vaccin HPV après 30 ans est fréquemment posée. L’efficacité vaccinale décroît avec l’âge, car la probabilité d’une exposition préalable aux souches ciblées augmente. Les données suédoises montrent une protection de 93 % contre les verrues génitales chez les adolescentes vaccinées entre 10 et 13 ans, contre seulement 21 % chez celles vaccinées entre 23 et 26 ans. Cependant, certaines populations adultes peuvent encore bénéficier d’une protection partielle, en particulier si elles n’ont pas encore été exposées à l’ensemble des génotypes couverts par le vaccin 9-valent. La décision doit être prise avec un médecin, en fonction de l’âge, des antécédents vaccinaux et du risque d’exposition au HPV.
En France, la vaccination contre les HPV est recommandée jusqu’à 26 ans révolus chez les personnes non vaccinées. Cette recommandation concerne aussi les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, population particulièrement exposée aux infections persistantes à HPV et au risque de cancer anal.
Depuis 2021, le vaccin HPV chez le garçon est inscrit au calendrier vaccinal français. Cette extension repose sur plusieurs arguments convergents : prévention des cancers HPV-induits chez l’homme (oropharynx, anus, pénis), réduction de la transmission virale à leurs partenaires, et effet de protection collective (immunité de groupe). Les données populationnelles sur 17 ans confirment une réduction significative de la prévalence des génotypes HPV vaccinaux y compris dans les cohortes masculines suivies.
Les grandes synthèses de la littérature, dont une revue Cochrane récente, ne mettent pas en évidence d’augmentation du risque d’événements indésirables graves après la vaccination contre le HPV. Les vaccins ne sont pas associés à un risque accru de syndrome de Guillain-Barré, d’insuffisance ovarienne prématurée, de syndrome de fatigue chronique ou d’infertilité. Les effets indésirables documentés sont légers et transitoires : réactions locales au point d’injection, céphalées, fatigue. Des syncopes vagales peuvent survenir chez l’adolescent dans les minutes suivant l’injection, il est donc recommandé de rester assis 15 minutes après la vaccination.
La vaccination hépatite B (VHB) est l’un des outils de prévention oncologique les mieux documentés au monde. L’infection chronique par le VHB est la principale cause de carcinome hépatocellulaire (CHC), cancer du foie dont le pronostic reste sombre. Un essai randomisé contrôlé de 37 ans mené en Chine démontre que la vaccination à la naissance confère une protection de 72 % contre le développement d’un cancer du foie (IC 95 % : 30–89 %) et une protection de 70 % contre les décès par CHC. À Taïwan, où la vaccination universelle des nourrissons a débuté en 1984, l’incidence du CHC a chuté de plus de 60 % chez les individus vaccinés de moins de 20 ans.
Plusieurs vaccins contre l’hépatite B sont disponibles en France. Le plus couramment utilisé est Engerix B® (GlaxoSmithKline), disponible en formulation pédiatrique (10 µg) et adulte (20 µg). Le HBVaxPro® (MSD) est une autre option adulte et pédiatrique. Ces vaccins contiennent l’antigène de surface du VHB (AgHBs) produit par génie génétique. Des vaccins combinés intégrant la composante hépatite B sont également utilisés chez le nourrisson (Infanrix Hexa®, Hexyon®, Vaxelis®). D’autres vaccins plus récents, notamment adjuvantés, ont montré des taux de séroprotection supérieurs dans certaines populations à risque, mais leur disponibilité et leur utilisation varient selon les pays.
La vaccination hépatite B chez l’adulte est recommandée par le calendrier vaccinal français pour plusieurs groupes à risque. Le taux de séroconversion dépasse 90 % chez l’enfant mais diminue à environ 47 % chez les adultes de 50 à 60 ans avec les vaccins conventionnels, ce qui renforce l’intérêt des formulations adjuvantées pour cette tranche d’âge.
Les adultes prioritairement ciblés incluent :
Le vaccin hépatite B présente un profil de tolérance excellent. Les effets indésirables les plus fréquents sont locaux et transitoires : douleur au point d’injection (13–29 % des adultes), fatigue (11–17 %), céphalées (9–16 %), fièvre légère (1–6 %). Les réactions anaphylactiques graves sont extrêmement rares (environ 1 cas par million de doses). Les études disponibles n’établissent aucun lien causal entre ce vaccin et le syndrome de Guillain-Barré, la sclérose en plaques ou d’autres maladies démyélinisantes. Il n’existe pas non plus d’association avec des effets tératogènes.
Le virus d’Epstein-Barr (VEB) est associé à plus de 200 000 nouveaux cancers par an dans le monde, notamment le carcinome du nasopharynx, le lymphome de Hodgkin, le lymphome de Burkitt et le carcinome gastrique. Malgré cette charge tumorale considérable, aucun vaccin contre le VEB n’est actuellement approuvé.
Le seul essai de phase 2 conduit à ce jour (vaccin à base de la glycoprotéine gp350 soluble) a réduit l’incidence de la mononucléose infectieuse sans pour autant prévenir l’infection primaire par le VEB — résultat insuffisant pour une autorisation de mise sur le marché.
Les approches les plus prometteuses actuellement en développement préclinique et clinique précoce comprennent des vaccins à nanoparticules bivalentes ciblant plusieurs glycoprotéines d’enveloppe du VEB (gH/gL, gp42 et gp350). Ces candidats induisent des anticorps neutralisants puissants et ont démontré une protection contre l’infection et le développement de lymphomes dans des modèles murins humanisés. Des plateformes à ARNm, à vecteurs viraux, et à sous-unités protéiques sont également en cours d’évaluation.
Les populations qui bénéficieraient le plus d’un vaccin prophylactique contre le VEB sont :
Les vaccins HPV et contre l’hépatite B représentent aujourd’hui les outils de prévention oncologique primaire les plus efficaces disponibles. Leur déploiement à grande échelle – et en particulier la vaccination des garçons contre le HPV et la vaccination des adultes à risque contre le VHB – constitue un levier majeur de réduction de l’incidence de plusieurs cancers. Le futur vaccin contre le virus d’Epstein-Barr, encore en développement, ouvre une troisième voie qui pourrait s’avérer décisive dans les prochaines années pour les cancers ORL et lymphatiques associés à ce virus.
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