14 septembre 2021

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Causes et Gestion des douleurs chez une personne suivie pour un cancer

Catégorie(s) : Traitements
Gestion des douleurs chez une personne suivie pour un cancer
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La douleur est une sensation malheureusement souvent expérimentée au cours de la prise en charge d’un cancer. Elle peut avoir différentes origines, être unique, localisée ou plus diffuse, et est souvent associée à d’autres symptômes.
Plus de la moitié des patients traités pour un cancer ressentent de la douleur. Ce ratio augmente lorsqu’il s’agit d’une tumeur de stade avancé. Après la fin des traitements, une personne sur trois dit ressentir encore de la douleur.

Elle impacte parfois lourdement sur la qualité de vie de la personne ; de ce fait, sa caractérisation ainsi que sa prise en charge sont essentielles.

L’ensemble des professionnels de santé impliqués dans votre parcours de soins peut vous aider à gérer cette douleur consécutive à la maladie ou aux traitements luttant contre le cancer.

 

A. Qu’est-ce que la douleur ?

La douleur est une sensation douloureuse expérimentée par une personne. Au-delà de la sensation, il s’agit d’une expérience des sens et des émotions particulièrement désagréable et pouvant revêtir plusieurs degrés d’intensité. La douleur peut être liée à une lésion des tissus existante ou possible.

Elle n’est pas ressentie de la même façon chez toutes les personnes, même dans un groupe d’individus porteurs d’un même cancer. La sensation diffère en fonction de facteurs émotionnels, physiques, comportementaux et environnementaux vécus par chaque patient. Ces facteurs peuvent agir de manière directe ou indirecte sur le système nerveux du corps humain (les nerfs, le cerveau, la moelle épinière). Par ailleurs, la douleur n’est pas ressentie de la même façon en fonction des autres problèmes de santé du patient, de ses attitudes, du type de cancer, de son avancée, des traitements reçus ou en cours, etc.

Tout au long de votre parcours de soins, les professionnels de santé évaluent cette douleur pour réussir à trouver un traitement capable de l’atténuer au maximum. C’est une composante essentielle de tout traitement anti-cancer.

Chaque patient est le seul à pouvoir décrire son ressenti de la douleur. Celle-ci peut être constante, lancinante, brûlante, cyclique, etc..

 

B. Différents types de douleur au cours de la prise en charge d’un cancer :

Les causes de la douleur peuvent être liées à la maladie en elle-même, à ses traitements ou à des causes externes.

 

1. La douleur directement liée au cancer

Les causes majeures de la douleur liée au cancer sont :

– la présence d’une tumeur appuyant sur les nerfs, os ou organes ;
– une fracture induite par propagation de la maladie aux os ;
– une mauvaise circulation sanguine causée par une obstruction des vaisseaux ;
– une surinfection ou inflammation de la tumeur ;
– une raideur musculaire (en cas de tension ou d’inactivité) ;
– une mauvaise posture (douleurs dorsales suite à une atteinte osseuse tumorale) ;
– le blocage d’un tube ou d’un organe (par exemple l’intestin) ;

À savoir : l’apparition d’une nouvelle douleur ou la majoration d’une douleur existante ne signifie pas nécessairement que la maladie a progressé ou que le cancer s’est propagé à d’autres parties de votre corps.

2. La douleur liée aux traitements du cancer

Les traitements, tels que la chirurgie ou la radiothérapie, peuvent induire des douleurs propres à savoir : des douleurs de cicatrisation au décours de la chirurgie ou des douleurs inflammatoires induites par la radiothérapie. De même, la chimiothérapie peut induire des douleurs des extrémités des membres (fourmillements ou décharges).

 

C. Caractériser une douleur

Il existe différents types de douleur. Certaines personnes peuvent en ressentir plusieurs, d’autres pas du tout.

 

1. Caractériser une douleur selon la durée

a. La douleur aigüe
Soudaine mais brève (quelques jours ou semaines max), d’intensité variable, elle disparaît lorsque le corps guérit. Elle peut apparaître malgré la prise régulière d’antidouleurs (si la dose est trop faible), et être amplifiée par l’anxiété ou d’autres pathologies associées.

Douleur des articulations traitement cancer

 

b. La douleur chronique
La douleur est dite chronique lorsqu’elle persiste plus de 3 mois. Elle peut apparaître même après la guérison d’une lésion des tissus. Elle est souvent liée à un problème persistant.

2. Caractériser une douleur selon son origine et sa localisation

a. La douleur directe nociceptive

Cette douleur est déclenchée par une agression de l’organisme (traumatisme, infection, inflammation, maladie…) impactant sur les récepteurs sensibles à la douleur.
Par exemple :
– Une douleur osseuse : Elle est souvent liée à la propagation du cancer aux os et la détérioration de ceux-ci dans une ou plusieurs parties du corps. C’est une douleur lancinante, sourde, pouvant être plus prononcée la nuit.
– Une douleur des tissus mous : Douleur vive, lancinante, qui se déclenche à la suite de lésions ou d’une pression sur les tissus mous et les muscles.
– Une douleur viscérale : Plus difficile à localiser, elle peut être liée à une lésion ou pression sur les organes (douleurs abdominales, nausées…).

b. La douleur nerveuse, neurogène ou neuropathique
Elle est provoquée par la pression sur un nerf ou la moelle épinière ou par une lésion nerveuse. On parle également de neuropathie. Elle peut s’apparenter à une sensation de picotement (comme des aiguilles) ou de brûlures. Lorsqu’elle touche les extrémités du corps (mains, pieds), on parle alors de neuropathie périphérique. Une douleur neuropathique parfois rencontrée par les femmes suite à une mastectomie est celle du syndrome douloureux post-mastectomie (SDPM).

À savoir : les deux types de douleur, nociceptive et neurogène, peuvent être associés.

Lire aussi notre article sur les effets secondaires de la radiothérapie mammaire

 

c. La douleur selon sa localisation et particularité
– La douleur localisée : Elle apparaît directement liée à l’endroit du trouble, n’irradiant pas nécessairement les autres parties du corps (emplacement de la tumeur appuyant sur un nerf).
– La douleur projetée : Elle est ressentie à distance du foyer local de la cause du trouble (par exemple, une douleur de la jambe qui révèle une atteinte du bas du dos).
– La douleur fantôme : C’est une douleur existant dans une partie du corps qui a été retirée (par exemple, douleur dans un sein après l’ablation de celui-ci par chirurgie)n. Ce type de douleur bien réel peut être difficilement contrôlé par les traitements médicamenteux, il correspond une douleur neurogène.

Douleurs cancer de l'utérus

 

L’équipe de soins responsable de votre suivi médical se base sur votre description de la douleur pour évaluer son niveau et son impact sur votre vie quotidienne. Il est donc essentiel de pouvoir au mieux décrire :
– La date de début (quelques jours, quelques semaines, mois…)
– La localisation (unique, diffuse, irradiant vers un membre…)
– La fréquence (en continu, plusieurs fois par jour)
– La périodicité (diurne, nocturne…)
– L’intensité : souvent évalué par une échelle numérique (0 : absence de douleur, jusqu’à 10 : douleur maximale imaginable)
– Les éventuels facteurs déclenchants et facteurs calmants
– Les traitements déjà mis en route pour la calmer.

 

D. Les facteurs influençant la douleur liée aux traitements contre le cancer

Plusieurs facteurs peuvent aggraver la perception de la douleur, indépendamment de la cause physique qui la provoque.
La fatigue : Une asthénie importante (la fatigue est dite asthénie lorsqu’elle persiste malgré le repos) ou un manque de sommeil peut amplifier la douleur. N’hésitez pas à parler de votre fatigue à votre médecin ou un autre professionnel de santé lors de votre visite.
Les émotions : La douleur peut décourager ou être source d’inquiétude. Certaines personnes peuvent ressentir des émotions négatives, comme l’impuissance, la colère, le désespoir, l’anxiété, l’irritabilité, etc. Par ailleurs, la manière dont vous pensez à votre douleur peut aussi impacter la façon dont vous la ressentez. Si vous la trouvez acceptable ou totalement accablante, cela aura un impact positif ou négatif sur votre ressenti.
L’environnement : Votre entourage personnel ou professionnel, votre intérieur, vos activités peuvent avoir un impact sur vos sensations douloureuses. Cet impact peut tout aussi bien être négatif que positif.

 

E. Les Traitements de la douleur au cours de la prise en charge d’un cancer

Il existe différents traitements en fonction de l’origine de la douleur, qu’elle soit aigüe ou chronique. Même lorsque l’on ne connaît pas la cause, il est possible de la soulager.

 

1. Traitement de la cause

Lorsqu’elle est directement liée à la maladie, le traitement du cancer est le principal traitement de la douleur, pouvant passer par :

– la chirurgie ;
la radiothérapie ;
La chimiothérapie ;
– L’immunothérapie

2. Traitements de la douleur en général

Il est souvent nécessaire d’associer des traitements anti-douleur, dits antalgiques, le temps de traiter la cause. L’instauration de ces derniers doit être réalisée par votre médecin oncologue qui définira le type de traitement le plus adapté, la posologie ainsi que la fréquence de la réévaluation et de l’adaptation à prévoir.

Selon on origine, son intensité ainsi que vos traitements contre la maladie, votre oncologue peut être amené à vous proposer :
des traitements médicamenteux : antalgiques de palier 1 à 3 selon leur intensité (du simple paracétamol aux morphiniques), certains agissant sur la douleur nociceptive, d’autres sur la douleur neurogène. Des anxiolytiques peuvent être associés pour limiter les douleurs neurogènes. Éventuellement des anti-inflammatoires.
des traitements et soins non médicamenteux sont fréquemment associés : suivi psychologique, physiothérapie, kinésithérapie, acupuncture, auriculothérapie… L’exercice physique adapté ainsi qu’un équilibre nutritionnel est également utile pour réduire les douleurs et mieux tolérer les traitements médicamenteux.
des gestes locaux éventuels : cimentoplastie, blocage nerveux, alcoolisation…

Bien que votre médecin généraliste doit faire partie intégrante de votre prise en charge générale, il manque souvent d’éléments précis de votre dossier médical concernant votre cancer (date des traitements et traitements antalgiques déjà mis en route…) pour adapter au mieux le traitement initial de la douleur. Une bonne communication de votre dossier médical entre votre oncologue et médecin généraliste est à établir.

À savoir : les oncologues travaillent fréquemment avec des médecins spécialisés dans la douleur dans le cadre d’une « équipe mobile de soins de support ».

Dans le cas de douleurs chroniques, pouvant associer des douleurs neurogènes et nociceptives, difficilement équilibrées, votre oncologue peut être amené à vous adresser vers l’un de ces médecins spécialisés.

D’autres corps médicaux et paramédicaux peuvent également s’intégrer dans la prise en charge de la douleur selon l’origine et les éléments impactant sur cette dernière : les infirmières de coordinations, le psychologue, le kinésithérapeute, l’assistante sociale…

 

Ce qu’il faut retenir

  1. La mise en place d’une stratégie antidouleur est personnalisée et peut parfois prendre du temps.
  2. Généralement, il faut combiner plusieurs de ces solutions pour trouver le meilleur traitement qui calmera votre douleur.
  3. Un suivi est mis en place de façon à observer les résultats au fur et à mesure.
  4. Il est souvent nécessaire d’essayer plusieurs traitements et combinaisons de traitements jusqu’à trouver la bonne recette. Toutefois, grâce à ce processus, il est possible de réduire considérablement la sensation douloureuse.
  5. Si la douleur persiste ou est mal contrôlée malgré toutes les solutions mises en place, il est tout à fait possible de faire appel à un service ou un établissement spécialisé dans la gestion de la douleur.

 

 

 

Dr Pauline CASTELNAU-MARCHAND

Le Dr Pauline Castelnau-Marchand a rejoint l’équipe de l’Institut de Radiothérapie Hartmann en 2020, afin de poursuivre son activité médicale et de recherche, elle est notamment très impliquée dans la prise en charge des cancers du sein chez les femmes jeunes, des cancers ORL, urologiques ou encore digestifs. Le Docteur Castelnau-Marchand est également engagée dans l’enseignement et la formation médicale, en tant que vice-présidente du Club des Oncologues Radiothérapeutes Parisiens (CORP) depuis 2018.

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