1 juin 2022

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Radiothérapie robotisée virtuelle interactive : pour révolutionner l’expérience patient

Catégorie(s) : Technologies
Radiothérapie robotisée virtuelle interactive
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Centre Hartmann d’avant en quelques mots

Il y a 15 ans, en 2007, Vedici, plus tard devenu ELSAN, faisait l’acquisition du centre Hartmann à nos anciens associés et maîtres les docteurs Jean Louis Benbunan & Aimé Kanoui, pour en faire un de ses fleurons.

A l’époque, une notoriété bien assise, plutôt basée sur un clientélisme réactif, avec dix équipes médicales, travaillant en silo, dans les sous-sols sombres et exigus d’une clinique qui vit ses dernières semaines, et qui nous a rendu de fières chandelles.

Nous étions une trentaine à y travailler, et traitions 1800 patients par an, avec l’aide de notre unique physicien, notre centre fraîchement décobaltisé, dont les totems étaient le simulateur radio, l’orion et le saturne, des machines qui n’avaient de solaires que leur surchauffe fréquente.

Transformation du centre Hartmann

Déjà SENY et nous-mêmes avions le projet de faire d’Hartmann un centre leader en radiothérapie de haute précision. Grâce à l’engagement sans faille de mon ami Emile Dinet, que je remercie, du groupe Elsan, et de toutes les équipes paramédicales et médicales, nous sommes presque devenus le meilleur de nous-même.

Pour passer de 1800 à 4000 nouveaux patients traités chaque année, pour devenir un des premiers centres européens de Radiochirurgie, le déménagement pour tripler les surfaces a été aussi déterminant que l’équipe comportant maintenant une centaine de personnes, exerçant près de dix métiers différents, dont une douzaine dans l’unité de physique médicale.

D’abord en implémentant l’informatisation et l’utilisation de l’imagerie 3D ; puis, ensuite en se dotant des techniques de radiothérapie par modulation d’intensité, grâce aux accélérateurs de particules de dernière génération; pour, enfin, déménager en 2012.

Ce nouveau centre Hartmann tant attendu, inauguré par notre prix Nobel de Physiques, Claude Cohen-Tannoudji, nous a permis d’installer le premier Cyberknife d’Ile de France en 2014. Nous avons pu ainsi développer la radiothérapie stéréotaxique. Il s’est toujours agi d’une vision partagée d’excellence, centrée sur l’intérêt du patient, car hier pas moins qu’aujourd’hui, ces technologies étaient faiblement promues.

Hartmann Maintenant

experience 3d8000 patients plus tard, tant d’histoires de vie et de guérison inattendues époustouflantes, et des projets scientifiques en nombre, l’installation du deuxième Cyberknife, autant que des dispositifs de scanner 4D, ou d’autres machines exceptionnelles comme l’Halcyon ou le Truebeam, nous rendent fiers de notre centre.

L’homogénéisation des pratiques, l’organisation des parcours patients, le développement intégré d’une cellule qualité, l’organisation intelligente collective accompagnant les nombreux changements de notre discipline, ont été portés par une seule équipe médicale, unifiée, et résolument tournée vers le partage et l’avenir.

Après l’ère du tout-innovation et de la technologie, qui n’est pas prête de s’arrêter, est venue le temps de soigner et de prendre soin le patient dans sa globalité. Le centre Hartmann et l’Institut Rafaël ont passé pour cela un pacte, pour passer d’une médecine centrée sur la maladie à une médecine centrée sur l’individu et son projet de vie. Au cœur de ce pacte, l’amélioration de l’expérience patient et la promesse d’une vision démocratique sanitaire responsable et solidaire.

Expérience-patient

Aujourd’hui, grâce à notre partenariat avec Dassault System, nous écrivons le premier chapitre d’une belle histoire sur l’amélioration de l’expérience patient concernant l’utilisation des hautes technologies en radiothérapie robotique. Ce premier jumeau numérique du Cyberknife est non seulement une prouesse technique, mais il va révolutionner notre relation soignant-soigné.

Cette notion d’expérience patient a émergé par souci de considérer chacun de façon singulière, au même titre qu’une entreprise se souciant de ses clients.

Le patient que l’on voit en consultation craint fréquemment son traitement autant que sa maladie, mais a aussi souvent peur du Robot Cyberknife. Ses peurs sont centrées sur le sentiment d’incertitude, un sentiment d’insécurité́, une hyper vigilance, une anticipation dramatisée d’événements imaginaires, une recherche excessive de réconforts.

Calmer son intolérance envers l’inconnu du traitement est aussi un de nos objectifs, que le projet VORTHEx va nous aider à résoudre.

Au-delà des connaissances acquises par chaque patient sur sa maladie en consultation, ou bien au préalable sur google pour tout avouer, l’expérience patient va permettre de l’accompagner dans son parcours.

Notre vision collective de la radiothérapie moderne nous invite à une démarche qualitative, accompagnant nos traitements, qui sont aussi scientifiques que mathématiques. Hartmann est un lieu de science, mais aussi un lieu de vie, d’expériences vécues, d’humanité et de réassurance.

Si 150 milles personnes, chaque mois, se connectent à notre site internet Radiothérapie Hartmann, c’est aussi parce que la valorisation expérientielle de l’offre de soins fait partie de notre ADN, au même titre que le capital technologique qu’on nous reconnaît.

La confiance d’un patient envers un établissement de santé ou envers des soignants, passe par son écoute, le temps qu’on lui accorde, et sa prise en considération dans son processus d’accompagnement.

La création d’expériences positives, pour chaque patient fragilisé par la maladie, doit être un objectif commun.

La bienveillance, l’intégrité, l’habileté et les affinités créées avec chaque patient, sont une affaire d’expérience-patient autant qu’un art de soigner.

Mieux gérer l’attente

presentation alain toledanoCe patient qui doit débuter un traitement de radiothérapie stéréotaxique par Cyberknife doit lutter contre ses peurs, en plus de faire connaissance avec son oncologue-radiothérapeute, comprendre la nature de sa pathologie et de ses risques, ainsi que ses traitements et leurs effets secondaires. Tout cela est plus ou moins bien accepté selon ses propres représentations mentales, sachant que le patient se retrouve ensuite seul jusqu’au traitement, qui ne débute qu’entre 2 et 5 semaines plus tard.

Dans un premier temps, soigner cette attente jusqu’au traitement est aussi notre devoir. Si l’attente fait parfois entrer dans le temps du désir dans certaines circonstances, après nos consultations médicales, elle fait plus souvent replonger dans le temps de la peur.

Notre objectif est d’utiliser efficacement les temps d’attente pour élaboration des plans de traitement, en engageant le patient vers une expérience s’avérant une véritable ressource mentale.

Mieux attendre c’est mieux gérer l’incertitude, ce qui est notre première mission en cancérologie. Créer l’expérience technologique lors de cette attente est porteuse d’espoir, notre deuxième mission principale.

D’un temps d’attente imposé et subi, on crée une expérience positive de l’attente ; en en prenant soin, en comprenant bien l’enjeu éthique d’une attente en confiance, face à des contraintes techniques ordonnées ; en rendant le patient acteur dans l’attente ; en s’engageant avec chaque patient dans une réflexion pratique sur l’innovation technique et puisque nous attendons en retour de lui sa confiance.

Représentation mentale

Par ailleurs, nous devons travailler sur les représentations mentales du patient, les représentations qui existent dans sa conscience. Se soucier de cette représentation mentale, c’est organiser la présentation de cette représentation à la conscience et à la subjectivité de notre patient.

Les manières dont notre patient va percevoir ou appréhender l’environnement qui l’entoure, mais aussi imaginer son traitement, en regard de ses propres souvenirs ou ses raisonnements, diffèrent toujours.

Ses représentations mentales peuvent être les alliés rassurants ou bien encore les ennemis anxiogènes de notre patient.

Nous devons médiatiser l’accès à l’esprit de notre patient aux techniques de radiothérapie de précision, c’est ce que nous proposons avec VORTHEx.

Que va-t-il se passer lorsqu’on montre à un patient l’environnement thérapeutique du Cyberknife, et qu’on lui donne la possibilité de le comprendre et d’interagir avec lui ?

Les sciences cognitives, nous font penser que notre pensée, notre perception, notre mémoire, notre raisonnement… et notre vision du Cyberknife, vont changer. Que nos représentations mentales vont évoluer.

Même si notre représentation est rarement une réplique ou une copie, du Cyberknife en l’occurrence, elle est fondamentale dans notre acceptation du traitement, et même de la maladie.

Jusqu’à présent, nous misions sur plusieurs types de représentation mentale à susciter chez notre patient :

  • Parfois nous utilisons des représentations picturales, comme une photo ou une diapositive d’une machine.
  • Ou encore des représentations linguistiques, comme une phrase résumant le traitement, ou bien des mots auxquels se raccrocher.
  • Nous utilisons aussi des représentations topographiques, comme le dessein de l’anatomie et des organes ciblés ;
  • Ou enfin des représentations mathématiques, comme le dessein de courbes d’efficacité des traitements.
  • Nous créons avec VORTHEx une représentation mentale dynamique et virtuelle, pour fabriquer une autre réalité spatio-temporelle.

Le Cyberknife représentant n’est pourtant pas le Cyberknife représenté virtuellement. L’expérience VORTHEx est incluse dans une plus large réflexion stratégique sur la communication thérapeutique.

Quand vous dites à un patient « n’ayez pas peur » c’est différent que si vous disiez « soyez rassurés », car le cerveau n’entend pas la négation.

Les enjeux sont autant la compréhension du traitement et la réassurance, que le développement de l’autonomisation du patient. Alors que nous fêtons les 20 ans de la loi Kouchner sur l’autonomisation des patients, il faut maintenant la réinventer au même titre que la démocratie sanitaire. 

Les robots

cyberknife alain toledanoJe voudrais remercier et féliciter toute l’équipe de Dassault System pour leur efficacité et leur bienveillance. Je souhaite également remercier toutes les équipes du centre de Radiothérapie Hartmann pour s’engager au quotidien.

Nos deux robots thérapeutiques Cyberknife, autant physiques, qu’artificiellement intelligents, suscitent l’intérêt plus qu’ils ne repoussent.

Bien qu’automatisés, ils sont programmés par nos soins et nous permettent des coups de génie thérapeutique comme guérir de certaines maladies métastatiques.

Curieusement, ce qu’ils nous conduisent à réaliser, des traitements sur mesure curatifs, nous les font considérer affectivement aussi. Comment les appréhender en face de nos patients, et avec nos patients, lorsqu’il s’agit de leur proposer un traitement Cyberknife ?

A chaque programmation algorithmique, nos équipes se rappellent qu’il s’agit de patients que l’on traite, et déploient une énergie considérable pour optimiser les plans de soins personnalisés.

Le robot CyberKnife ne nous ressemble pas ; ses proportions, sa symétrie, sa régularité, ses formes élancées pourraient établir une certaine distance affective avec lui. Mais il fascine, parfois ceux qui le côtoient et qui l’imaginent.

Grâce à l’équipe de Dassault System, son mouvement, que nous pouvons dorénavant représenter, et l’interaction que nous avons créée avec lui, va permettre de créer le lien empathique et bénéfique à tous les nouveaux patients et leurs aidants, souvent laissés pour compte.

Conclusion

La simulation a tout le temps été une condition technique de préparation réussies des radiothérapies. Virtuelle et interactive, elle devient un outil d’imagination et de projection, capable d’éprouver les peurs de nos patients autant que de les informer.

Le VORTHEx nous permettra d’être mieux perçu comme médecin plutôt que roboticien, autant que le numérique nous permettra de réhumaniser notre médecine.

Si la confiance est la sœur jumelle de la défiance, gageons ensemble qu’avec ce jumeau numérique des Cyberknifes, nous engagerons avec nous nos patients pour améliorer leur expérience en toute confiance.

Alain Toledano

Le Dr Alain TOLEDANO est Cancérologue Radiothérapeute, Directeur médical de l'Institut de Radiochirurgie de Paris H. Hartmann.Il est aussi président de l'Institut Rafael, président du conseil médical de l'Institut d'Oncologie des Hauts de Seine ainsi que de l'Association Franco Africaine de Cancérologie.

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