Réirradiation des cancers, quelles possibilités avec le CyberKnife et les techniques modernes de radiothérapie ?
Par le Dr Nathaniel Scher, oncologue-radiothérapeute à l’Institut de Radiochirurgie et de Radiothérapie Hartmann, Levallois-Perret (92).
En bref
Lorsqu’un cancer récidive dans une région déjà traitée par radiothérapie, de nombreux patients pensent qu’il n’est plus possible de recevoir des rayons. Pourtant, une deuxième radiothérapie, appelée réirradiation, peut être envisagée dans certaines situations, même plusieurs années après le premier traitement.
Les progrès de la radiothérapie de haute précision, notamment du CyberKnife, de la radiochirurgie et des techniques modernes de calcul des doses, ont élargi les possibilités de traitement.
Cette prise en charge reste néanmoins complexe. Elle nécessite une expertise spécifique des oncologues-radiothérapeutes et des physiciens médicaux afin d’évaluer les bénéfices et les risques pour les tissus déjà irradiés.
La réirradiation consiste à administrer une nouvelle radiothérapie dans une région précédemment irradiée, ou à proximité, lorsque les doses reçues par les tissus sains peuvent se cumuler.
Elle peut être proposée pour traiter une récidive locale d’un cancer, contrôler son évolution ou soulager certains symptômes.
Son objectif est de délivrer une dose efficace à la tumeur tout en limitant l’exposition supplémentaire des organes déjà traités.
Selon les recommandations européennes ESTRO/EORTC, la décision dépend notamment des caractéristiques de la récidive, des doses antérieures et des autres possibilités thérapeutiques1.
Plusieurs situations peuvent relever d’une réirradiation :
Dans certaines situations, l’objectif peut être curatif. Dans d’autres, le traitement vise principalement à ralentir l’évolution de la maladie ou à soulager les symptômes.
Les techniques modernes de radiothérapie stéréotaxique permettent de délivrer des rayonnements avec une très grande précision, en concentrant la dose sur la lésion et en limitant autant que possible l’irradiation des tissus sains.
Le CyberKnife est un système robotisé de radiothérapie particulièrement intéressant dans certaines situations complexes, notamment pour traiter des récidives prostatiques, pulmonaires ou d’autres lésions localisées. Il dispose de systèmes d’imagerie et de suivi permettant d’adapter la délivrance du traitement à la position de la cible.
Le ZAP-X, installé au Centre de Radiochirurgie Paris Nord, à l’hôpital Lariboisière, dans le cadre d’un partenariat associant l’AP-HP et l’Institut Hartmann, est dédié à la radiochirurgie intracrânienne. Il peut notamment être utilisé dans certaines situations de nouvelle irradiation de lésions cérébrales.
Ces technologies permettent des traitements très ciblés, parfois réalisés en un nombre limité de séances.
Toutefois, la précision des machines ne suffit pas à elle seule à garantir la sécurité d’une réirradiation. Le choix du traitement repose avant tout sur une analyse médicale et dosimétrique individualisée.
C’est l’un des enjeux majeurs de la réirradiation.
Lorsqu’un patient a déjà reçu une radiothérapie, certains organes peuvent avoir atteint ou approché leur seuil de tolérance aux rayonnements.
Avant d’envisager un nouveau traitement, il est donc essentiel de rechercher les informations concernant la première irradiation, notamment les doses délivrées et les régions traitées.
Les oncologues-radiothérapeutes travaillent alors en collaboration étroite avec les physiciens médicaux afin de reconstituer et d’analyser les doses reçues par les différents organes.
Des outils spécialisés permettent, lorsque les données sont disponibles, d’estimer le cumul des doses issues des irradiations successives, en tenant compte de l’anatomie et des caractéristiques radiobiologiques des tissus.
Ces calculs comportent des incertitudes et nécessitent une expertise particulière.
La réussite d’une réirradiation repose ainsi autant sur l’expérience des équipes médicales et des physiciens que sur les performances des équipements utilisés.
L’Institut de Radiochirurgie et de Radiothérapie Hartmann développe depuis de nombreuses années une activité spécialisée en radiothérapie stéréotaxique et en réirradiation.
En 2025, près de 1 300 traitements ont été réalisés par CyberKnife au sein de l’Institut. Selon les estimations internes, environ un tiers de l’activité de radiothérapie stéréotaxique concerne des situations de réirradiation.
Cette expérience repose sur l’association de plusieurs compétences, oncologues-radiothérapeutes, physiciens médicaux, dosimétristes et équipes de traitement, avec un plateau technique spécialisé.
Elle s’accompagne d’une activité de recherche clinique, avec plusieurs publications scientifiques internationales consacrées notamment à la réirradiation stéréotaxique des récidives du cancer de la prostate.
Dès 2019, une étude de l’équipe Hartmann publiée dans BJR Open rapportait les résultats de 42 patients traités par CyberKnife pour une récidive prostatique après une première radiothérapie4.
D’autres travaux multicentriques publiés en 2021 dans Cancers et en 2023 dans European Urology Oncology ont contribué à mieux documenter les résultats et les risques de ces traitements5, 6.
Cette expérience clinique et scientifique permet d’étudier des situations complexes et de proposer une évaluation personnalisée des possibilités de réirradiation.
Une réirradiation peut présenter davantage de risques qu’un premier traitement, car les tissus sains ont déjà été exposés aux rayonnements.
Les effets secondaires dépendent de la région traitée, des doses cumulées et des éventuelles séquelles de la première radiothérapie.
Ils peuvent comprendre des troubles urinaires ou digestifs, des douleurs, une fibrose ou des atteintes neurologiques.
Plus rarement, des complications graves peuvent survenir, notamment une nécrose, une fistule, une hémorragie ou une lésion irréversible d’un organe sensible. Certaines peuvent engager le pronostic vital.
Il n’existe pas de pourcentage de complications applicable à toutes les réirradiations.
Les recommandations scientifiques internationales soulignent donc l’importance d’une sélection rigoureuse des patients et d’une analyse approfondie du rapport bénéfice-risque1, 2, 3.
Lorsqu’un cancer récidive dans une région déjà traitée, un avis spécialisé peut permettre d’évaluer les possibilités d’une nouvelle radiothérapie.
Cette consultation repose notamment sur l’analyse des examens d’imagerie récents, des traitements précédemment reçus et, si possible, des anciens plans de radiothérapie.
La décision est discutée dans un cadre pluridisciplinaire, en tenant compte des autres options thérapeutiques.
Avoir déjà reçu une radiothérapie ne constitue donc pas systématiquement une contre-indication à un nouveau traitement.
Chaque situation doit néanmoins faire l’objet d’une évaluation personnalisée.
L’Institut de Radiochirurgie et de Radiothérapie Hartmann, situé à Levallois-Perret dans les Hauts-de-Seine, dispose d’une expérience clinique et scientifique dans la réirradiation, associant expertise médicale, physique médicale et technologies de haute précision.
Pour une demande d’avis, il est particulièrement utile de disposer des comptes rendus des traitements antérieurs et, lorsque cela est possible, des anciens plans dosimétriques.
Institut de Radiochirurgie et de Radiothérapie Hartmann
À lire aussi, Cancer du poumon localisé, chirurgie ou radiothérapie stéréotaxique ?, par le Dr Nathaniel Scher.
Article d’information médicale destiné aux patients. Les indications de réirradiation nécessitent une évaluation individuelle spécialisée. Mis à jour en novembre 2026.
Oui, dans certaines situations. Une deuxième radiothérapie, appelée réirradiation, peut être envisagée pour traiter une récidive locale, même plusieurs années après le premier traitement, après une évaluation individuelle des doses déjà reçues et des autres options thérapeutiques.
Les situations les plus fréquentes concernent certaines récidives de cancer de la prostate, des tumeurs et métastases cérébrales, des cancers du poumon et des cancers ORL. Certaines récidives mammaires, pelviennes ou osseuses peuvent aussi être concernées.
Oui, le risque est plus élevé qu’après un premier traitement, car les tissus sains ont déjà été irradiés. Les effets dépendent de la région traitée et des doses cumulées, et des complications graves restent possibles, d’où l’importance d’une sélection rigoureuse des patients.
Les comptes rendus des traitements antérieurs, les examens d’imagerie récents et, si possible, les anciens plans dosimétriques de la première radiothérapie.